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Remarquable exemple de pignouferie éditoriale (voir à droite), la maison Robert Laffont a publié en 2003, soit trois semaines après la réédition par Fayard du roman de Combaz "La compagnie des ombres", ce policier sous le même titre, qui figure encore au catalogue d'Amazon.fr. Il est bon de rappeler que Combaz a fait partie du fonds Robert Laffont pendant près de dix ans, et que le livre original a été publié par le Seuil en 1985.

Un dédommagement amiable, d'un montant dérisoire a été accepté par l'auteur . Le livre aurait dû sortir du circuit mais il traîne un peu les pieds. (Cliquer ici)

Le casier à langoustes

C’est au moment où se manifeste l’enthousiasme économique le plus général qu’il convient de s’infliger la piqûre du doute et de se demander si l’on n’a pas oublié quelque chose . Pour s’astreindre à cette précaution, nul besoin d’être invité à Davos, inutile de fréquenter Alan Greenspan, les courtiers de Wall Street ou les spécialistes européens des fonds de pension. Il suffit d’ouvrir, sur l’un des innombrables sites internet offrant ce service gratuit aux Etats-Unis, un compte de courrier électronique, puis d’ attendre un mois, et de vider sa boîte comme on relève un casier à langouste.
Qu’y trouve t-on ? D’abord une cinquantaine de publicités qui composent un portrait en creux de l’Amérique moderne, un condensé de ses convoitises et de ses naïvetés. Un voyage en Floride gagné lors d’une improbable loterie qui donne droit à acheter deux semaines en multipropriété . Une société qui vous propose de vous vendre un authentique diplôme qui n’exige “ni tests, ni cours, ni examen”, parce qu’il est émis par une université “non accréditée” prête à vous délivrer n’importe quel papier orné d’un sceau présentant les apparences de l’officialité, grâce à quoi vous pourrez présenter celles de la réussite. Le slogan est à lui seul une analyse sociologique : “soyez diplômé, dit-il, pour des compétences que vous possédez déjà”.
Mais la conclusion la plus effarante que l’on tire de l’inventaire du casier, c’est le degré d’endettement de l’Américain moyen. Pourquoi moyen ? Parce que ces services de courrier gratuit sont souvent employés par des gens mobiles, sans le sou, des gens qui changent de ville et d’emploi très souvent.
A en juger d’après les arguments employés, ils ne savent plus comment s’en sortir. Les crédits à la consommation les écrasent. Ils se demandent s’ils vont pouvoir payer les études de leurs enfants.
Le nombre des publicités reçues sur ce thème est dix fois supérieur à celui des autres. Elles vont toutes dans le même sens : comment consolider sa dette ? “Nos services vous permettent de réunir vos crédits en un seul “; “réduisez vos paiements mensuels de 40 à 60 pour cent”; “aucune obligation de posséder quoi que ce soit comme garantie”; “êtes-vous écrasé de dettes? Téléphonez-nous”. D’après ce coup de sonde, l’endettement qui rend les ménages américains sensibles à de tels arguments tourne autour de 40 000 francs (6000 dollars) de crédit à la consommation “hors remboursement immobilier ou automobile”.
Quand on ouvre en France un compte de courrier du même genre, en comparaison, le casier ne ramasse que des crevettes, des offres dérisoires du genre : “fête des mères : un bouquet acheté = une corbeille de fruits offerte” ou “gagnez une place de cinéma”.
Pour autant, convient-il de se réjouir ? Peut-on vraiment croire que le budget des ménages soit plus sain chez nous qu’à Philadelphie, et s’il est permis de le croire, pour combien de temps?

Christian Combaz

 

Articles "oubliés au marbre"

L'article qui suit a été remplacé au marbre, sans explication, par une chronique d'Alain Gérard Slama illustrant la thèse contraire -que l'on peut donc considérer comme préférable, voire comme officielle. Les homosexuels du silence sont invités à sortir du bois comme s'il n'y avait plus aucun danger. En approuvant ceux qui ont choisi de rester à couvert, en les invitant à ne pas baisser leur garde, et malgré un discours d'une absolue modération, l'auteur s'est retrouvé du côté de la dissidence.

Les étourneaux de la différence

La sévérité dont Brigitte Bardot a fait preuve récemment envers les gay-prides devrait nous inciter paradoxalement à douter de leurs bienfaits.

Importées d’Amérique, les prides consistent, pour une communauté minoritaire, à intimider l’opinion, c’est à dire à défier l’intolérance. Ou à forcer la tolérance, ce qui revient au même, sauf que la tolérance ne se force pas. En revanche, tout indique que l’intolérance, elle, est très facile à propager. Il suffit de montrer trois cents mille personnes qui prétendent en représenter des millions à qui elles n’ont jamais demandé leur avis. Il suffit de défiler en brandissant des banderoles et d’afficher bien haut sa fierté (puisque c’est la traduction du mot pride), quitte à offenser ceux qui ne la partagent pas.
« Nous ne prétendons pas susciter une tolérance unanime, déclarent les partisans de ces défilés, nous savons que c’est impossible, mais nous la faisons progresser ».
Et si c’était le contraire ?
Et si ces déguisements, ces slogans « contre l’ exclusion » étaient en train de faire régresser la tolérance elle-même? Et si (comme tant de fois dans l’Histoire) les lendemains de fête fleuraient déjà la persécution ?
Les homosexuels du silence le redoutent . Et ils n’ont pas forcément tort. Immergés dans la population générale, tout en sachant qu’ils ne partageront jamais l’orthodoxie de ses moeurs, ils sont gênés de voir défiler à la télé le carnaval des étourneaux de la différence. Ils sont nombreux à se demander quelle peut bien être l’origine de cette fameuse fierté. Si l’on parle de fierté, c’est qu’il s’agit de défendre une attitude volontaire . De justifier un choix, en somme. Or, la plupart n’ont aucune conscience de l’avoir jamais eu.
Construction psychique
Le Vatican vient de cautionner la publication d’un volume de neuf cents pages, le Lexicon, rédigé par soixante-dix cardinaux , évêques, théologiens et experts. On y lit notamment à propos de l’homosexualité que " la moindre critique à son endroit est désormais considérée comme un blasphème, voire comme un crime, celui d'homophobie " .
A en juger par la faveur médiatique unanime dont jouit chez nous la gaypride on est presque obligé d’en convenir mais la suite de la position de l’Eglise témoigne d’ une imprévoyance inquiétante : le Lexicon affirme en effet que l'homosexualité ne possède "aucune valeur sociale » , et que ses défenseurs n’ont « rien à défendre ».
Les très nombreux, très sages et très illustres esprits qui ont honoré le genre humain tout en présentant cette coquetterie statistique n'auraient donc aucune valeur sociale non plus . Parmi eux figurent probablement de nombreux dignitaires de l'église, encore que le pourcentage n'en ait jamais été révélé. A défaut nous connaissons celui des peintres, des musiciens et des écrivains et nous savons qu'il est supérieur à la moyenne. Prétendre que Tschaikovsky ou Elton John n'ont "aucune valeur sociale " est déjà d'une grande témérité . Mais l'affirmation selon laquelle l'homosexualité serait une "construction psychique", c'est à dire susceptible d'être amendée, donc, pourquoi pas, punie , est d’une fragilité périlleuse, or c’est pourtant ainsi que conclut le Lexicon.
Le plus curieux est qu’entre la position catholique dans ce domaine et celle des activistes gay qui défilent pour défendre leur « choix de vie », on observe une curieuse convergence. Les uns disent qu’il y n’ a aucun lieu d’être fier. Les autres disent le contraire. Mais tout le monde semble penser qu’il s’agit bien d’un choix.
Principe de précaution
Et si, répétons-le, ce n’était pas le cas ?
Le devoir de ceux qui ont vu le Vatican à l'śuvre sur d'autres questions, comme l'esclavage, les théories de Galilée ou l'antisémitisme est de rappeler l'Eglise au principe de précaution. Pour lui épargner la pénible et ridicule séance de repentance qui la saisit périodiquement lorsque ses certitudes ont été démenties par les faits, on doit attirer son attention sur un débat dont l'issue lui réserve peut-être des surprises: celui du gène homosexuel .
Personne n’est capable d’affirmer, pour l’instant, que l’homosexualité n’est pas héréditaire.
Certains scientifiques américains comme le Dr Hamer ont cru, en 1993, pouvoir démontrer l'existence, chez nombre d'homosexuels masculins (33 paires de jumeaux homosexuels sur 40) d'une particularité génétique commune sur le chromosome X . D'autres les ont démentis, au nom d'autres études qui tendaient à souligner plutôt l'influence du milieu. Nul n'a prouvé son fait, ni d'un côté ni de l'autre. Les recherches continuent.
On ne sait pas de quel côté penchera la science, mais on peut s'appuyer au moins sur une certitude: quand on exerce un magistère sur des centaines de millions d'âmes à travers le monde, il faut une grande étourderie pour se prononcer sur une question pareille avant les généticiens eux-mêmes. Si l'Eglise se voit infliger une réponse scientifique contraire à la vérité qu'elle juge obligatoire, elle se retrouvera demain dans le camp de l'anathème irréfléchi, ce qui devient une habitude. Ses fidèles vont finir par se lasser, pour ne rien dire de ceux d’entre eux qui vont toujours à la messe malgré une tendance un peu trop opiniâtre au célibat.
A ce propos, pendant le dernier Carême certains ont reçu, à l'entrée des églises, des feuilles imprimées montrant un minaret et un clocher en train de fraterniser. Ils auraient sans doute aimé bénéficier de la part de leur propre famille spirituelle de la même mansuétude. Ils se sont souvenus que 52 homosexuels égyptiens ont été détenus dans une cage, il y a deux ans, au nom de la vertu islamique, avant un procès bâclé suivi de lourdes condamnations, sans que l’église catholique ait imprimé le moindre tract.
On n’ose croire que parmi les motifs de rapprochement entre les deux religions, puisse figurer une commune exigence de rigueur à l’égard de ceux qui n’ont « aucune valeur sociale » . Ce serait pousser un peu loin le bouchon du partage ścuménique .
En somme on finit par se demander si la seule solidarité indiscutable dégagée par les gay-prides ne se trouve pas, le jour où CNN diffuse les images des défilés de drag-queens, dans l’intolérance et le ricanement qu’elles répandent à travers le monde ,. L’indignation de Brigitte Bardot est déjà un indice. Les propos du Vatican suscitent de même un peu d’effroi. Mais on frémit carrément en imaginant les commentaires de Riyad à Karachi.

***

Autre cas d'école, l'article que Combaz a livré au Figaro le 21 avril 2000 pour défendre le droit de Renaud Camus à se justifier devant la presse qui l'accablait (http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus/affaire/combaz.html)

Le 30 avril, Combaz envoie le même article à Marianne qui ne réagit aucunement. Mais deux mois plus tard, le 20 juin, l'article paraît sans avertissement préalable, caviardé comme suit (on remarquera que des membres de phrase ont été rajoutés, et pas seulement supprimés):
Le site de Renaud Camus permet de lire l'accablant dossier des lâchetés qui se sont succédées dans cette affaire. On en trouve la liste à l'adresse suivante:
http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus/affaire/affaire.html

Article explicitement refusé par la rubrique "Libres propos" du Figaro littéraire en 2002, par Jean Marie Rouart au motif qu'il était "déplaisant".

Barbarie non merci

Il n’est pas rare, il est devenu fréquent, il est même carrément inévitable d’entendre dire que la littérature américaine fait preuve d’une santé qui manque à la nôtre.
Par « santé » il faut entendre modernité; car être actuel ne suffit pas. Par exemple si l’action se situe en 1997 chez une vieille dame de Châteauroux c’est actuel mais ce n’est pas moderne. Beaucoup moins en tout cas que si une héroïne déjantée selon l’ expression en faveur, exerce le métier de taxidermiste, chasse les reptiles, est poursuivie par un détraqué sexuel, devient serial killer, mutile ses victimes et empaille ses trophées. (Ne cherchez pas le titre , je viens d’inventer cette bluette pour la commodité du raisonnement). L’essentiel là-dedans est de heurter le lecteur et le but ultime d’avoir raison des livres « où il ne se passe rien ».
Depuis quelques siècles en Europe et singulièrement en France nous avons raffiné notre langage , notre pensée et nos usages, nous nous sommes interrogés sur les errements du cśur, nous avons décrit des sentiments aussi suspects que l’honneur ou la pitié pour nous entendre dire, au creux des années Mitterrand, par une poignée de critiques fiers d’avoir vécu trois semaines en Californie «ça ne bouge pas assez, regarde la littérature américaine ! ».
Il y a eu la période Borges - Garcia Marquez- Roa Bastos, etc, où le génie soufflait exclusivement dans les Andes, où la description de la misère dans les barrios est devenue un genre littéraire, à présent c’est plutôt l’éveil de la pulsion de mort chez les petits enfants de Salinger qu’on nous donne à lire comme une étape essentielle dans l’histoire de la littérature . Le héros moderne est celui qui dépèce ses victimes pour exprimer un malaise social.
Qu’on me permette d’affirmer que le malaise est d’abord esthétique. Qu’ un éditeur parisien confie comme je l’ai vu faire, à l’un de ses auteurs anglophiles, le soin de traduire un policier où l’on voit un personnage dépecé vivant au couteau de chasse est un crime contre l’esprit . Que les profs de français de quatrième constatent que la popularité de Stephen King, l’auteur contemporain le plus lu de la planète, a pulvérisé celle de Boris Vian qui lui même avait détrôné Jules Verne, ne me paraît aucunement un signe de santé. Qu’ American Psycho (comment torturer une femme en une douzaine de leçons) soit vendu 49 francs me fait souhaiter une surtaxation de l’ignominie, qui éviterait l’écueil de la censure tout en empêchant les maquignons de la haine de s’enrichir aux détriment du lectorat de Giraudoux. En Russie, où Stephen King est vendu à la sortie du métro pour dix francs, la production locale, reléguée au second rayon, devient hors de prix , disparaît faute de trouver un éditeur, ou finit sous forme de samizdat .
L’autre prospère comme la caulerpa taxifolia - dont la santé est excellente, elle aussi.

Article oublié par le Figaro lors de l'invasion du Kosovo

Danger de démocratie

L'histoire retiendra qu'au moment où la France signait le traité d'Amsterdam, on rédigeait le questionnaire d'un recensement où il n' était question de concubinage et de salles de bains. Dans les manuels du futur, comment ne pas imaginer que le fac-similé des quatre pages de formulaire ne soit rapproché d'un résumé des actions militaires en Serbie sous une légende du genre : " A l'heure où, par le jeu des alliances, s'ouvrait une nouvelle période d'agitation en Europe et où le destin de la Nation était engagé, on consultait le Peuple français sur son équipement sanitaire ". Honnêtement, le zèle opiniâtre des agents du recensement, dont chacun vient de prendre la mesure, n'est-il pas sous-employé ? A quoi sert de pister le vieux garçon campagnard au sortir de sa ferme, de frapper à la porte des familles de banlieue, d'interroger la vieille dame des beaux quartiers de Paris, de faire remplir des formulaires dans toutes les salles de mairie et les cafés ruraux, si les questions posées n'abordent pas l'essentiel ? Un recensement n'est pas un sondage, dira t-on. On se prend à rêver justement que le recensement puisse se transformer en sondage sur les cinq ou six grands problèmes du moment. Il n'en coûterait rien de plus, sauf peut-être quelques illusions chez ceux qui décident . Techniquement, il est impossible, dira t-on encore, d'ajouter foi à une photographie de l'opinion réalisée dans ces conditions, car la photo serait floue. En vérité, comme chacun s'en doute, si floue qu'elle soit, elle serait encore ressemblante et voilà précisément ce qu'il faut éviter. Il y a danger de démocratie. Si l'on demandait réellement à l'opinion ce qu'elle pense de la bande de Gaza, des musulmans du Kosovo, du foulard à l'école, de la violence à la télévision, de la Gay Pride, des sans-papiers, du racket , de la réglementation sur les armes, de l'usage de l'anglais, des groupes de rap, de la vitesse des véhicules etc, on s'apercevrait que ce qui encombre les journaux n'agite qu'un dixième de la population, que la jeunesse des " quartiers difficiles " représente moins de cinq pour cent de sa classe d'âge , que l'opinion sait ce qu'elle veut, et que la Politique, qui n'aime pas les photographies instantanées, a entièrement raison de s'en méfier . La Politique préfère le studio, c'est à dire raffiner l'éclairage, le décor, les premiers plans, jouer habilement avec les zones floues et les zones d'ombres. D'où le paradoxe que représente, pour qui aspire vraiment à connaître le peuple, le photomaton technocratique du recensement, qui fait le point (encore un terme de photographie) sur à peu près tout, sauf sur l'essentiel. Les esprits forts diront qu'on ne sait pas où est l'essentiel. A consulter les formulaires on sait au moins où il n'est pas.

Article abandonné au marbre de la page Opinions du Figaro
après les attentats du métro de Tokyo.

Croisement de courbes

Les ennuis récurrents des chemins de fer allemands, aux prises avec des maîtres chanteurs d'un nouveau genre illustrent, a contrario, une évidence: les terroristes " ordinaires " ne font preuve d'aucune imagination. Dans nos sociétés, les moyens de bloquer les rouages sont si nombreux et les protections si illusoires, qu'on peut au moins se féliciter que le génie soit chichement distribué parmi les malfaiteurs. Mais quant au reste, il n'y a pas lieu de se réjouir . Pour s'en convaincre, il suffit de comparer, au fonctionnement de la société contemporaire, les principes qui régissent le fonctionnement des sous-marins : cloisonnement maximal, triplement des circuits vitaux, capacité d' autarcie de plusieurs mois, économie d'énergie, exposition minimale aux pressions et conditions extrêmes, formation impeccable du personnel, respect permanent de la discipline. Les sociétés modernes font exactement le contraire. Les cloisons étanches sautent les unes après les autres , les fonds de pension New Yorkais peuvent désormais mettre en danger l'équilibre des marchés européens , un tremblement de terre à Kobé provoquer la faillite d'une banque de Londres et une seule malveillance sur une centrale électrique peut plonger toute une région dans le noir. Qu'il s'agisse de légumes ou de pièces détachées, la politique des " flux tendus " oblige à dépendre de Rungis ou de Roissy, voire de Rotterdam ou de Madrid, pour le moindre approvisionnement . En cas de menace sur la fluidité des échanges, la capacité de recours à l'autarcie tend vers zéro. (Les agriculteurs ne possèdent même plus un seul animal de trait). Parallèlement la rotation est proche de la surchauffe, la distribution force la production, épuise la mécanique et méprise les hommes. Les surpressions (crédit, fiscalité) sont de plus en plus nombreuses . La qualité , la détermination du personnel s'en ressentent . L'absence de discipline détermine des comportements aberrants ou dangereux comme chez les rats de laboratoire .Dans la génération suivante, ces comportements vont du bris d' abribus à l' attentat au gaz sarin. L'histoire arrive en ce moment au croisement de deux courbes: la première désigne l'ampleur des conséquences d'un pépin grave. La deuxième , sa probabilité. Il devient de plus en plus probable qu'un acte malveillant ait de plus en plus de conséquences sur la vie d'un nombre de gens de plus en plus élevé. On appelle ça une catastrophe. Qui est censé la prévenir ? ceux-là même qui ont supprimé les cloisons étanches. Ils ont voulu que les conséquences du moindre incident soient de plus en plus générales, que l'intégration économique et technologique deviennent irréversibles : c'est fait . Donc, ils ne peuvent plus agir que sur la deuxième courbe, celle de la probabilité . Pour y parvenir, pour réduire la probabilité du pépin sérieux, il n'auront bientôt qu'un seul remède - qui leur répugne : restaurer la discipline de l'équipage.

 

 
 

 

 

Quoi de neuf ?


01/01/05 - Traductions de Lion ardent en Grec, Serbo-croate. Traduction d'Une heure avant l'éternité en russe.

04/01/05 - Parution prévue de Lion ardent en Livre de Poche LGF Janvier 2006
 

 
Une curiosité

Un livre traduit et vendu au Brésil, livre pour lequel l'auteur n'a signé aucun contrat de traduction avec son éditeur de l'époque, Robert Laffont.

 


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Capitalisme génétiquement modifié

On entend, çà et là, prétendre que le capitalisme est en train de devenir fou, et qu’il précipite sa propre perte. C’est une très vieille antienne , elle laisse entendre qu'il obéit à une logique vicieuse, que ses contradictions désignent un défaut mécanique, et que la machine est mal conçue dès l’origine. En vérité la machine capitaliste qu'on appelle sauvage ou folle parce qu'elle n'obéit plus à ses maîtres n’est ni pire ni meilleure que les autres. Si quelqu'un doit être blâmé, ce sont d'abord ses maîtres. La qualité de son fonctionnement dépend de celle de ses opérateurs. Depuis les années 20, les opérateurs du capitalisme, héritiers de l’humanisme chrétien du XIXème siècle, non seulement se sont multipliés sur tous les continents mais ont renoncé, graduellement, à leur morale d’origine religieuse, pour rechercher l’effficacité la plus profane, la plus égoïste, la plus immédiate, la plus brutale. La Russie est en train d’illustrer aujourd’hui, par l’impudence de son oligarchie économique, les limites d’un capitalisme sans éducation. La génération d’hommes d’affaires qui est passée des komsomols aux jeux vidéo puis aux Mercedes 500 représente à présent un danger planétaire. Dans les années 20 le même personnel sorti du rang s’est hissé au sommet du pouvoir soviétique et a prétendu essaimer à travers le monde. Aujourd’hui la russie dite éternelle, c’est à dire pauvre et cultivée, celle qui attend l’autobus pendant des heures dans les cités boueuses, voit avec effarement légiférer une oligarchie brouillonne dont on peut craindre qu’elle ne finisse par exporter vers nous son mauvais argent, sa criminalité, son immaturité, dans les mêmes proportions. Au moins le mérite de la situation est-il d’illustrer l’importance de la morale dans le fonctionnement de la machine. Erika, OGM, filières alimentaires douteuses, mafias, trafic d’uranium, niveau culturel pélagique, tout indique que sans morale personnelle, sans résistance de l’individu au principe du « tout le monde le fait », le système dans lequel nous vivons (et qui nous fait vivre) n’a aucune chance. Il n’y a donc pas lieu de se réjouir, comme le font les Américains, que le capitalisme semble avoir gagné la bataille entre le Bien et le Mal . La logique économique qui règne à Moscou illustre que le Bien ne campe pas forcément du côté de l’investissement. Par défaut de vertu, l’homme est capable de ruiner le fonctionnement d’une mécanique conçue pour la prospérité. Quand nos vaisseaux l’ont abordée, la planète communiste avait renoncé à la morale depuis si longtemps que notre débarquement n’aurait jamais dû avoir lieu sans vaccination préalable. C’est la première fois dans l’histoire que la nécessité de cette hygiène se manifeste aussi crûment. C’est aussi la première fois que nos microbes nous reviennent, en quelque sorte, génétiquement modifiés. Reste à savoir où en est l’épidémie, et à trouver le remède.

Christian Combaz

 

Page réalisée par François Liegibel fliegibel@hotmail.com