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L'article qui suit a été remplacé
au marbre, sans explication, par une chronique d'Alain
Gérard Slama illustrant la thèse contraire
-que l'on peut donc considérer comme préférable,
voire comme officielle. Les homosexuels du silence sont
invités à sortir du bois comme s'il n'y
avait plus aucun danger. En approuvant ceux qui ont
choisi de rester à couvert, en les invitant à
ne pas baisser leur garde, et malgré un discours
d'une absolue modération, l'auteur s'est retrouvé
du côté de la dissidence.
Les étourneaux de la différence
La sévérité dont Brigitte
Bardot a fait preuve récemment envers les gay-prides
devrait nous inciter paradoxalement à douter
de leurs bienfaits.
Importées d’Amérique, les prides consistent,
pour une communauté minoritaire, à intimider
l’opinion, c’est à dire à défier
l’intolérance. Ou à forcer la tolérance,
ce qui revient au même, sauf que la tolérance
ne se force pas. En revanche, tout indique que l’intolérance,
elle, est très facile à propager. Il suffit
de montrer trois cents mille personnes qui prétendent
en représenter des millions à qui elles
n’ont jamais demandé leur avis. Il suffit de
défiler en brandissant des banderoles et d’afficher
bien haut sa fierté (puisque c’est la traduction
du mot pride), quitte à offenser ceux qui ne
la partagent pas.
« Nous ne prétendons pas susciter une tolérance
unanime, déclarent les partisans de ces défilés,
nous savons que c’est impossible, mais nous la faisons
progresser ».
Et si c’était le contraire ?
Et si ces déguisements, ces slogans « contre
l’ exclusion » étaient en train de faire
régresser la tolérance elle-même?
Et si (comme tant de fois dans l’Histoire) les lendemains
de fête fleuraient déjà la persécution
?
Les homosexuels du silence le redoutent . Et ils n’ont
pas forcément tort. Immergés dans la population
générale, tout en sachant qu’ils ne partageront
jamais l’orthodoxie de ses moeurs, ils sont gênés
de voir défiler à la télé
le carnaval des étourneaux de la différence.
Ils sont nombreux à se demander quelle peut bien
être l’origine de cette fameuse fierté.
Si l’on parle de fierté, c’est qu’il s’agit de
défendre une attitude volontaire . De justifier
un choix, en somme. Or, la plupart n’ont aucune conscience
de l’avoir jamais eu.
Construction psychique
Le Vatican vient de cautionner la publication d’un volume
de neuf cents pages, le Lexicon, rédigé
par soixante-dix cardinaux , évêques, théologiens
et experts. On y lit notamment à propos de l’homosexualité
que " la moindre critique à son endroit
est désormais considérée comme
un blasphème, voire comme un crime, celui d'homophobie
" .
A en juger par la faveur médiatique unanime dont
jouit chez nous la gaypride on est presque obligé
d’en convenir mais la suite de la position de l’Eglise
témoigne d’ une imprévoyance inquiétante
: le Lexicon affirme en effet que l'homosexualité
ne possède "aucune valeur sociale »
, et que ses défenseurs n’ont « rien à
défendre ».
Les très nombreux, très sages et très
illustres esprits qui ont honoré le genre humain
tout en présentant cette coquetterie statistique
n'auraient donc aucune valeur sociale non plus . Parmi
eux figurent probablement de nombreux dignitaires de
l'église, encore que le pourcentage n'en ait
jamais été révélé.
A défaut nous connaissons celui des peintres,
des musiciens et des écrivains et nous savons
qu'il est supérieur à la moyenne. Prétendre
que Tschaikovsky ou Elton John n'ont "aucune valeur
sociale " est déjà d'une grande témérité
. Mais l'affirmation selon laquelle l'homosexualité
serait une "construction psychique", c'est
à dire susceptible d'être amendée,
donc, pourquoi pas, punie , est d’une fragilité
périlleuse, or c’est pourtant ainsi que conclut
le Lexicon.
Le plus curieux est qu’entre la position catholique
dans ce domaine et celle des activistes gay qui défilent
pour défendre leur « choix de vie »,
on observe une curieuse convergence. Les uns disent
qu’il y n’ a aucun lieu d’être fier. Les autres
disent le contraire. Mais tout le monde semble penser
qu’il s’agit bien d’un choix.
Principe de précaution
Et si, répétons-le, ce n’était
pas le cas ?
Le devoir de ceux qui ont vu le Vatican à l'śuvre
sur d'autres questions, comme l'esclavage, les théories
de Galilée ou l'antisémitisme est de rappeler
l'Eglise au principe de précaution. Pour lui
épargner la pénible et ridicule séance
de repentance qui la saisit périodiquement lorsque
ses certitudes ont été démenties
par les faits, on doit attirer son attention sur un
débat dont l'issue lui réserve peut-être
des surprises: celui du gène homosexuel .
Personne n’est capable d’affirmer, pour l’instant, que
l’homosexualité n’est pas héréditaire.
Certains scientifiques américains comme le Dr
Hamer ont cru, en 1993, pouvoir démontrer l'existence,
chez nombre d'homosexuels masculins (33 paires de jumeaux
homosexuels sur 40) d'une particularité génétique
commune sur le chromosome X . D'autres les ont démentis,
au nom d'autres études qui tendaient à
souligner plutôt l'influence du milieu. Nul n'a
prouvé son fait, ni d'un côté ni
de l'autre. Les recherches continuent.
On ne sait pas de quel côté penchera la
science, mais on peut s'appuyer au moins sur une certitude:
quand on exerce un magistère sur des centaines
de millions d'âmes à travers le monde,
il faut une grande étourderie pour se prononcer
sur une question pareille avant les généticiens
eux-mêmes. Si l'Eglise se voit infliger une réponse
scientifique contraire à la vérité
qu'elle juge obligatoire, elle se retrouvera demain
dans le camp de l'anathème irréfléchi,
ce qui devient une habitude. Ses fidèles vont
finir par se lasser, pour ne rien dire de ceux d’entre
eux qui vont toujours à la messe malgré
une tendance un peu trop opiniâtre au célibat.
A ce propos, pendant le dernier Carême certains
ont reçu, à l'entrée des églises,
des feuilles imprimées montrant un minaret et
un clocher en train de fraterniser. Ils auraient sans
doute aimé bénéficier de la part
de leur propre famille spirituelle de la même
mansuétude. Ils se sont souvenus que 52 homosexuels
égyptiens ont été détenus
dans une cage, il y a deux ans, au nom de la vertu islamique,
avant un procès bâclé suivi de lourdes
condamnations, sans que l’église catholique ait
imprimé le moindre tract.
On n’ose croire que parmi les motifs de rapprochement
entre les deux religions, puisse figurer une commune
exigence de rigueur à l’égard de ceux
qui n’ont « aucune valeur sociale » . Ce
serait pousser un peu loin le bouchon du partage ścuménique
.
En somme on finit par se demander si la seule solidarité
indiscutable dégagée par les gay-prides
ne se trouve pas, le jour où CNN diffuse les
images des défilés de drag-queens, dans
l’intolérance et le ricanement qu’elles répandent
à travers le monde ,. L’indignation de Brigitte
Bardot est déjà un indice. Les propos
du Vatican suscitent de même un peu d’effroi.
Mais on frémit carrément en imaginant
les commentaires de Riyad à Karachi.
***
Autre cas d'école, l'article que Combaz
a livré au Figaro le 21 avril 2000 pour défendre
le droit de Renaud Camus à se justifier devant
la presse qui l'accablait (http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus/affaire/combaz.html)
Le 30 avril, Combaz envoie le même article
à Marianne qui ne réagit aucunement. Mais
deux mois plus tard, le 20 juin, l'article paraît
sans avertissement préalable, caviardé
comme suit (on remarquera que des membres de phrase
ont été rajoutés, et pas seulement
supprimés):
Le site de Renaud Camus permet de lire l'accablant dossier
des lâchetés qui se sont succédées
dans cette affaire. On en trouve la liste à l'adresse
suivante:
http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus/affaire/affaire.html
Article explicitement refusé par la rubrique
"Libres propos" du Figaro littéraire
en 2002, par Jean Marie Rouart au motif qu'il était
"déplaisant".
Barbarie non merci
Il n’est pas rare, il est devenu fréquent, il
est même carrément inévitable d’entendre
dire que la littérature américaine fait
preuve d’une santé qui manque à la nôtre.
Par « santé » il faut entendre modernité;
car être actuel ne suffit pas. Par exemple si
l’action se situe en 1997 chez une vieille dame de Châteauroux
c’est actuel mais ce n’est pas moderne. Beaucoup moins
en tout cas que si une héroïne déjantée
selon l’ expression en faveur, exerce le métier
de taxidermiste, chasse les reptiles, est poursuivie
par un détraqué sexuel, devient serial
killer, mutile ses victimes et empaille ses trophées.
(Ne cherchez pas le titre , je viens d’inventer cette
bluette pour la commodité du raisonnement). L’essentiel
là-dedans est de heurter le lecteur et le but
ultime d’avoir raison des livres « où il
ne se passe rien ».
Depuis quelques siècles en Europe et singulièrement
en France nous avons raffiné notre langage ,
notre pensée et nos usages, nous nous sommes
interrogés sur les errements du cśur, nous avons
décrit des sentiments aussi suspects que l’honneur
ou la pitié pour nous entendre dire, au creux
des années Mitterrand, par une poignée
de critiques fiers d’avoir vécu trois semaines
en Californie «ça ne bouge pas assez, regarde
la littérature américaine ! ».
Il y a eu la période Borges - Garcia Marquez-
Roa Bastos, etc, où le génie soufflait
exclusivement dans les Andes, où la description
de la misère dans les barrios est devenue un
genre littéraire, à présent c’est
plutôt l’éveil de la pulsion de mort chez
les petits enfants de Salinger qu’on nous donne à
lire comme une étape essentielle dans l’histoire
de la littérature . Le héros moderne est
celui qui dépèce ses victimes pour exprimer
un malaise social.
Qu’on me permette d’affirmer que le malaise est d’abord
esthétique. Qu’ un éditeur parisien confie
comme je l’ai vu faire, à l’un de ses auteurs
anglophiles, le soin de traduire un policier où
l’on voit un personnage dépecé vivant
au couteau de chasse est un crime contre l’esprit .
Que les profs de français de quatrième
constatent que la popularité de Stephen King,
l’auteur contemporain le plus lu de la planète,
a pulvérisé celle de Boris Vian qui lui
même avait détrôné Jules Verne,
ne me paraît aucunement un signe de santé.
Qu’ American Psycho (comment torturer une femme en une
douzaine de leçons) soit vendu 49 francs me fait
souhaiter une surtaxation de l’ignominie, qui éviterait
l’écueil de la censure tout en empêchant
les maquignons de la haine de s’enrichir aux détriment
du lectorat de Giraudoux. En Russie, où Stephen
King est vendu à la sortie du métro pour
dix francs, la production locale, reléguée
au second rayon, devient hors de prix , disparaît
faute de trouver un éditeur, ou finit sous forme
de samizdat .
L’autre prospère comme la caulerpa taxifolia
- dont la santé est excellente, elle aussi.
Article oublié par le Figaro lors de l'invasion
du Kosovo
Danger de démocratie
L'histoire retiendra qu'au moment où la France
signait le traité d'Amsterdam, on rédigeait
le questionnaire d'un recensement où il n' était
question de concubinage et de salles de bains. Dans
les manuels du futur, comment ne pas imaginer que le
fac-similé des quatre pages de formulaire ne
soit rapproché d'un résumé des
actions militaires en Serbie sous une légende
du genre : " A l'heure où, par le jeu des
alliances, s'ouvrait une nouvelle période d'agitation
en Europe et où le destin de la Nation était
engagé, on consultait le Peuple français
sur son équipement sanitaire ". Honnêtement,
le zèle opiniâtre des agents du recensement,
dont chacun vient de prendre la mesure, n'est-il pas
sous-employé ? A quoi sert de pister le vieux
garçon campagnard au sortir de sa ferme, de frapper
à la porte des familles de banlieue, d'interroger
la vieille dame des beaux quartiers de Paris, de faire
remplir des formulaires dans toutes les salles de mairie
et les cafés ruraux, si les questions posées
n'abordent pas l'essentiel ? Un recensement n'est pas
un sondage, dira t-on. On se prend à rêver
justement que le recensement puisse se transformer en
sondage sur les cinq ou six grands problèmes
du moment. Il n'en coûterait rien de plus, sauf
peut-être quelques illusions chez ceux qui décident
. Techniquement, il est impossible, dira t-on encore,
d'ajouter foi à une photographie de l'opinion
réalisée dans ces conditions, car la photo
serait floue. En vérité, comme chacun
s'en doute, si floue qu'elle soit, elle serait encore
ressemblante et voilà précisément
ce qu'il faut éviter. Il y a danger de démocratie.
Si l'on demandait réellement à l'opinion
ce qu'elle pense de la bande de Gaza, des musulmans
du Kosovo, du foulard à l'école, de la
violence à la télévision, de la
Gay Pride, des sans-papiers, du racket , de la réglementation
sur les armes, de l'usage de l'anglais, des groupes
de rap, de la vitesse des véhicules etc, on s'apercevrait
que ce qui encombre les journaux n'agite qu'un dixième
de la population, que la jeunesse des " quartiers
difficiles " représente moins de cinq pour
cent de sa classe d'âge , que l'opinion sait ce
qu'elle veut, et que la Politique, qui n'aime pas les
photographies instantanées, a entièrement
raison de s'en méfier . La Politique préfère
le studio, c'est à dire raffiner l'éclairage,
le décor, les premiers plans, jouer habilement
avec les zones floues et les zones d'ombres. D'où
le paradoxe que représente, pour qui aspire vraiment
à connaître le peuple, le photomaton technocratique
du recensement, qui fait le point (encore un terme de
photographie) sur à peu près tout, sauf
sur l'essentiel. Les esprits forts diront qu'on ne sait
pas où est l'essentiel. A consulter les formulaires
on sait au moins où il n'est pas.
Article abandonné au marbre de la page Opinions
du Figaro
après les attentats du métro de Tokyo.
Croisement de courbes
Les ennuis récurrents des chemins de fer allemands,
aux prises avec des maîtres chanteurs d'un nouveau
genre illustrent, a contrario, une évidence:
les terroristes " ordinaires " ne font preuve
d'aucune imagination. Dans nos sociétés,
les moyens de bloquer les rouages sont si nombreux et
les protections si illusoires, qu'on peut au moins se
féliciter que le génie soit chichement
distribué parmi les malfaiteurs. Mais quant au
reste, il n'y a pas lieu de se réjouir . Pour
s'en convaincre, il suffit de comparer, au fonctionnement
de la société contemporaire, les principes
qui régissent le fonctionnement des sous-marins
: cloisonnement maximal, triplement des circuits vitaux,
capacité d' autarcie de plusieurs mois, économie
d'énergie, exposition minimale aux pressions
et conditions extrêmes, formation impeccable du
personnel, respect permanent de la discipline. Les sociétés
modernes font exactement le contraire. Les cloisons
étanches sautent les unes après les autres
, les fonds de pension New Yorkais peuvent désormais
mettre en danger l'équilibre des marchés
européens , un tremblement de terre à
Kobé provoquer la faillite d'une banque de Londres
et une seule malveillance sur une centrale électrique
peut plonger toute une région dans le noir. Qu'il
s'agisse de légumes ou de pièces détachées,
la politique des " flux tendus " oblige à
dépendre de Rungis ou de Roissy, voire de Rotterdam
ou de Madrid, pour le moindre approvisionnement . En
cas de menace sur la fluidité des échanges,
la capacité de recours à l'autarcie tend
vers zéro. (Les agriculteurs ne possèdent
même plus un seul animal de trait). Parallèlement
la rotation est proche de la surchauffe, la distribution
force la production, épuise la mécanique
et méprise les hommes. Les surpressions (crédit,
fiscalité) sont de plus en plus nombreuses .
La qualité , la détermination du personnel
s'en ressentent . L'absence de discipline détermine
des comportements aberrants ou dangereux comme chez
les rats de laboratoire .Dans la génération
suivante, ces comportements vont du bris d' abribus
à l' attentat au gaz sarin. L'histoire arrive
en ce moment au croisement de deux courbes: la première
désigne l'ampleur des conséquences d'un
pépin grave. La deuxième , sa probabilité.
Il devient de plus en plus probable qu'un acte malveillant
ait de plus en plus de conséquences sur la vie
d'un nombre de gens de plus en plus élevé.
On appelle ça une catastrophe. Qui est censé
la prévenir ? ceux-là même qui ont
supprimé les cloisons étanches. Ils ont
voulu que les conséquences du moindre incident
soient de plus en plus générales, que
l'intégration économique et technologique
deviennent irréversibles : c'est fait . Donc,
ils ne peuvent plus agir que sur la deuxième
courbe, celle de la probabilité . Pour y parvenir,
pour réduire la probabilité du pépin
sérieux, il n'auront bientôt qu'un seul
remède - qui leur répugne : restaurer
la discipline de l'équipage.
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